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Les matriarches ont-elles un avenir ?

Lorsqu’on évoque le pouvoir, nous imaginons volontiers des présidents, des chefs d’entreprise, des généraux ou des responsables politiques. Pourtant, il existe une forme de pouvoir beaucoup plus ancienne, plus discrète et profondément ancrée dans l’histoire des sociétés humaines : celui de la matriarche.

Elle n’est pas nécessairement celle qui parle le plus fort ni celle qui possède officiellement l’autorité. Elle est parfois simplement celle autour de laquelle la famille s’organise, celle qui transmet, protège, arbitre et maintient le lien entre les générations.

Mais dans nos sociétés occidentales modernes, individualistes et en constante transformation, cette figure a-t-elle encore un avenir ?

Qu’est-ce qu’une matriarche ?

Le terme matriarche désigne généralement une femme qui occupe une position centrale ou dominante au sein d’une famille, d’un clan ou d'un groupe social. Par extension, le mot peut également désigner la femelle dominante ou centrale de certains groupes animaux.

Dans une famille, la matriarche est souvent la femme la plus âgée ou celle dont l'autorité morale est la plus importante.

Son pouvoir ne ressemble cependant pas nécessairement à celui d'un chef au sens politique du terme. Il peut reposer sur l'expérience, la transmission, la capacité à maintenir les relations familiales, la gestion du patrimoine ou simplement sur la reconnaissance que lui accordent les autres membres du groupe.

Il faut également distinguer matriarcat et matrilinéarité.

Une société matrilinéaire organise la filiation et certaines transmissions par la lignée maternelle : le nom, l'appartenance à un groupe, des terres ou certains biens peuvent ainsi passer par les femmes. Cela ne signifie pas automatiquement que les femmes exercent l'ensemble du pouvoir politique ou religieux.

Cette distinction est essentielle : une société peut accorder une place fondamentale à la lignée maternelle sans être pour autant un matriarcat au sens strict.

Sarah, Rebecca, Rachel et Léa : quatre femmes à l'origine d'un peuple

La figure de la matriarche occupe une place particulièrement forte dans la tradition juive.

Dans la Genèse apparaissent les quatre matriarches traditionnellement considérées comme les mères du peuple d'Israël : Sarah, Rebecca, Rachel et Léa.

Elles ne sont pas de simples personnages secondaires accompagnant Abraham, Isaac et Jacob.

Sarah prend des décisions déterminantes pour sa famille. Rebecca intervient directement dans la transmission de la bénédiction d'Isaac. Rachel et Léa donnent naissance à une grande partie des fils de Jacob dont descendront les tribus d'Israël.

Sarah prend des décisions déterminantes pour sa famille. Rebecca intervient directement dans la transmission de la bénédiction d'Isaac. Rachel et Léa donnent naissance à une grande partie des fils de Jacob dont descendront les tribus d'Israël.

À côté des patriarches Abraham, Isaac et Jacob se trouve donc une histoire dans laquelle les femmes participent elles aussi à la construction et à la transmission du peuple.

Cette conception résonne encore aujourd'hui dans le judaïsme puisque, selon la loi juive traditionnelle, l'identité juive se transmet par la mère.

Le judaïsme présente ainsi une organisation intéressante : la filiation juive est matrilinéaire, tandis que de nombreuses structures religieuses traditionnelles demeurent organisées dans un cadre largement patriarcal.

La femme conserve néanmoins une place spirituelle fondamentale dans le foyer. Dans la tradition, c'est notamment elle qui allume les bougies de Chabbat et contribue à faire de la maison un lieu de transmission de la vie juive.

Il existe donc une forme de pouvoir qui n'est pas nécessairement institutionnelle, mais qui peut être considérable : le pouvoir de transmettre une identité, une histoire et des valeurs.

Le matriarcat existe-t-il réellement ?

Certaines sociétés contemporaines sont régulièrement présentées comme matriarcales ou fortement matrilinéaires.

Dans plusieurs peuples, l'appartenance familiale, les terres ou le patrimoine se transmettent par les femmes. Les femmes peuvent également occuper une position centrale dans l'organisation économique et familiale.

Mais les anthropologues sont généralement prudents avec le terme matriarcat. Une société matrilinéaire n'est pas forcément une société dans laquelle les femmes dominent politiquement les hommes.

Et c'est peut-être précisément là que se trouve l'intérêt du modèle.

Le rôle de la matriarche ne consiste pas obligatoirement à reproduire, en l'inversant, une structure de domination.

Il peut davantage reposer sur la coopération, la continuité familiale, l'équilibre social et la transmission.

Le matriarcat ne serait alors pas simplement le patriarcat avec une femme à sa tête.

Il pourrait représenter une autre manière d'exercer l'autorité.

La matriarche moderne existe déjà

La matriarche du XXIe siècle ne dirige plus nécessairement une grande famille réunie sous le même toit.

Elle travaille. Elle peut élever ses enfants seule ou en couple. Elle gère un budget, organise le quotidien, accompagne les générations précédentes et prépare l'avenir des suivantes.

Son pouvoir est rarement inscrit sur une carte de visite.

Pourtant, regardons ce qui se passe réellement dans beaucoup de familles.

Qui connaît les anniversaires ? Qui conserve les photographies et les souvenirs ? Qui organise les repas de famille ? Qui transmet certaines recettes, habitudes ou traditions ? Qui connaît l'histoire des grands-parents ? Qui anticipe les besoins des enfants ? Qui participe aux décisions concernant l'éducation, l'épargne ou le patrimoine ?

Pourtant, regardons ce qui se passe réellement dans beaucoup de familles.

La matriarche est souvent celle qui pense la famille dans le temps long.

Elle relie ceux qui étaient là avant elle à ceux qui viendront après.

Transmettre plutôt que simplement posséder

Cette question devient particulièrement importante lorsqu'on parle de patrimoine.

Pendant longtemps, l'accumulation et la transmission des biens ont constitué une préoccupation essentielle des familles. Dans une société moderne davantage tournée vers l'individu, cette logique familiale peut sembler moins évidente.

Pourtant, transmettre ne signifie pas seulement transmettre une maison ou de l'argent.

On transmet également une manière de travailler, un rapport à l'éducation, une culture, une religion, des souvenirs, des habitudes alimentaires, une conception du couple ou encore une certaine idée de la responsabilité.

La matriarche moderne peut donc jouer un rôle essentiel dans la gestion et la transmission du patrimoine matériel autant qu'immatériel.

Elle peut apprendre à ses enfants à gérer leur argent, préserver certains biens familiaux, organiser les successions, conserver des archives et raconter l'histoire de ceux qui les ont précédés.

Dans un monde qui change extrêmement rapidement, savoir d'où l'on vient peut devenir une véritable force.

La matriarche face aux crises

Nos sociétés occidentales traversent également une période de profondes transformations : familles recomposées, séparations plus fréquentes, mobilité géographique, vieillissement de la population, incertitudes économiques et révolution technologique.

Les structures traditionnelles sont moins stables.

Dans ce contexte, les familles ont besoin de points d'ancrage.

La matriarche peut en être un.

Non parce qu'elle contrôlerait tout, mais parce qu'elle représente une forme de permanence au milieu du changement.

La résilience familiale repose rarement sur une seule personne. Mais certaines personnes possèdent cette capacité particulière à réunir, rassurer, organiser et rappeler qu'une crise n'efface pas l'histoire d'une famille.

Cette autorité tranquille peut devenir extrêmement précieuse.

Faut-il vraiment choisir entre patriarcat et matriarcat ?

C'est peut-être là que le débat devient le plus intéressant.

L'avenir du matriarcat occidental ne consiste probablement pas à remplacer un système dominé par les hommes par un système dominé par les femmes.

Une société équilibrée n'a pas besoin d'organiser une guerre permanente entre les sexes.

Hommes et femmes peuvent exercer des responsabilités différentes ou similaires selon les familles, les cultures et les individus.

Mais l'émancipation des femmes ne devrait peut-être pas conduire à considérer comme secondaires les domaines dans lesquels elles ont historiquement exercé une influence immense : le foyer, l'éducation, la transmission, la mémoire familiale et la création du lien entre les générations.

Une femme peut diriger une entreprise et tenir à transmettre une tradition familiale.

Elle peut gagner son propre argent et construire un patrimoine destiné à ses enfants.

Elle peut être indépendante tout en souhaitant réunir plusieurs générations autour d'une table.

Elle peut exercer une autorité professionnelle et devenir progressivement la femme vers laquelle sa famille se tourne lorsqu'une décision importante doit être prise.

Ces réalités ne sont pas contradictoires.

Alors, les matriarches ont-elles un avenir ?

Probablement.Mais elles ne ressembleront pas nécessairement aux matriarches d'autrefois.

La matriarche occidentale de demain pourrait être une femme autonome financièrement, instruite, professionnelle, parfois entrepreneure, parfois mère, parfois grand-mère, capable de prendre des décisions tout en maintenant les liens familiaux.

Son autorité ne viendra pas nécessairement de son âge ou d'un statut imposé.

Elle devra être acquise par la confiance. Et son rôle pourrait devenir paradoxalement plus important à mesure que nos sociétés deviennent plus individualistes.

Car lorsque tout s'accélère, quelqu'un doit encore se souvenir.Quelqu'un doit raconter aux enfants d'où ils viennent.Quelqu'un doit penser à ce qui restera après nous.Quelqu'un doit parfois réunir tout le monde autour d'une même table.

Pendant des milliers d'années, les matriarches ont participé à cette transmission.

Peut-être que leur avenir ne consiste donc pas à reprendre le pouvoir.

Peut-être consiste-t-il à préserver ce que le pouvoir, à lui seul, ne sait pas transmettre.

Hi, I'm David Smith

I'm David Smith, husband and father , I love Photography,travel and nature. I'm working as a writer and blogger with experience of 5 years until now.

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